Chantier exemplaire à Forest

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Dans un appartement de 60 m² à Forest, typique des logements bruxellois des années 50 organisés en enfilade, le projet propose une transformation subtile mais radicale : faire émerger un espace à la fois fluide, lumineux et intime à partir d’une structure étroite et contrainte.

Plutôt que de lutter contre la logique existante, le projet la détourne. Les fonctions sont redistribuées de manière audacieuse : la cuisine et son coin repas prennent place en façade avant, captant la lumière de la rue, tandis que la salle de bain s’installe en façade arrière. Ce déplacement libère le cœur de l’appartement, où le salon et la chambre trouvent leur place dans une séquence plus douce, presque en retrait.

Ce renversement crée un second jour, une respiration inattendue au centre du plan, et transforme l’enfilade en un parcours nuancé, où chaque espace gagne en qualité propre. Le séjour devient un écrin, à la fois ouvert et protégé, où la lumière circule sans jamais être frontale.

La rénovation s’accompagne d’une attention particulière portée à ce qui existe déjà : parquet, portes, hauteurs sous plafond et cheminées sont conservés et intégrés dans une nouvelle lecture du lieu. Même inutilisées, ces dernières participent à l’épaisseur et à la mémoire de l’appartement.

Le projet s’inscrit également dans une démarche de réemploi, non pas comme contrainte, mais comme moteur de conception. Trouver avant de dessiner devient une méthode : matériaux et objets — marbre, carrelages, éviers, luminaires — sont collectés au fil des opportunités et viennent orienter le projet.

Ainsi, le marbre d’une cheminée déposée renaît sous forme de luminaires muraux, associés à des abat-jours chinés. Le lavabo, découvert très tôt, structure l’espace de la salle de bain. Chaque élément porte une histoire et contribue à l’identité du lieu.

 

Photographie : Benjamin Struelens et archives personnelles              

 

Réalisé en grande partie en autoconstruction, avec des moyens limités, le projet revendique une forme de simplicité et d’engagement. Il montre qu’une transformation sensible et qualitative peut émerger d’un contexte ordinaire, par une attention fine aux usages, à la lumière et à la matière.

Au-delà de l’appartement, le projet s’inscrit dans une dynamique collective : l’immeuble est progressivement réinvesti par de nouveaux habitants, partageant outils, savoir-faire et parfois simplement du temps. Une manière de rappeler que l’architecture peut aussi se construire dans l’échange et la proximité.

 

Projet : Annamária Lakatos, architecte chez Atelier d’Architecture Galand

Photographies : Benjamin Struelens et archives personnelles

Avril 2026