
Le 16 juin dernier, Embuild Wallonie, Retrival, Tradecowal et le Parc naturel Cœur de Condroz ont organisé un événement de sensibilisation au réemploi sur le site de Recynam à Lives-sur-Meuse. De 16h à 19h, plus de 60 participants issus du secteur de la construction, des pouvoirs publics, du monde académique et de l’économie circulaire se sont réunis pour découvrir des initiatives concrètes et échanger sur les opportunités et les défis du réemploi des matériaux de construction.
L’événement a débuté par une introduction d’Anne Dumont (SPW ARNE), suivie d’une présentation des différents partenaires organisateurs. L’occasion pour chacun de partager sa vision du réemploi et son implication dans le développement de cette filière en Wallonie.
Pour Embuild Wallonie, le réemploi constitue une réponse concrète aux enjeux environnementaux et à la raréfaction des ressources. La fédération souhaite toutefois que cette transition se développe sur des bases solides, réalistes et applicables sur le terrain. Son rôle est notamment d’accompagner les entreprises dans cette évolution, de favoriser le partage d’expériences et de contribuer à la mise en place d’un cadre permettant au réemploi de devenir une véritable opportunité pour l’ensemble de la chaîne de valeur de la construction.
Les participants ont ensuite pris part à deux visites complémentaires : une découverte du site Recynam et de sa chaine de recyclage des déchets inertes ainsi qu’une visite de la plateforme de stockage des matériaux de réemploi (projet Recyparc Pro). Ces visites ont permis d’observer concrètement les activités de collecte, de tri, de stockage, de réemploi et de valorisation des matériaux issus des chantiers.
Au fil des échanges, plusieurs enseignements ont émergé. Le premier est que le réemploi ne consiste pas uniquement à récupérer des matériaux : il implique également un changement d’habitudes et une nouvelle manière de considérer les ressources. Ce qui était hier considéré comme un déchet peut aujourd’hui devenir une ressource utile, à condition de disposer des bonnes filières, des bons espaces de stockage et des bons débouchés.
Les visites ont également permis de mieux comprendre le fonctionnement du projet Recyparc Pro. L’objectif est de faire évoluer le concept traditionnel de centre de recyclage vers une plateforme multi-services destinée aux professionnels de la construction. Concrètement, une entreprise peut y déposer ses déchets de chantier, mais également des matériaux susceptibles d’être réemployés, tout en ayant accès à des matériaux recyclés ou issus du réemploi. Cette approche de logistique inverse vise à favoriser les synergies locales et à prolonger la durée de vie des ressources.
Les discussions ont mis en évidence l’un des principaux défis du réemploi : parvenir à réunir le bon matériau, au bon endroit et au bon moment. Le marché reste aujourd’hui difficile à anticiper. Certains matériaux trouvent rapidement preneur tandis que d’autres peuvent rester stockés pendant plusieurs mois avant qu’un besoin n’apparaisse. Cette réalité nécessite des espaces de stockage adaptés ainsi qu’une certaine souplesse dans la gestion des flux.
À cet égard, Tradecowall a expliqué intégrer désormais systématiquement des espaces dédiés au réemploi dans ses nouveaux projets. Ces zones permettent de stocker temporairement des matériaux en attente d’une seconde vie et contribuent à structurer progressivement les filières locales de réemploi.
La visite a également permis de mettre en lumière le rôle joué par des acteurs comme Retrival dans l’expérimentation de nouvelles approches. En tant qu’entreprise d’économie sociale, Retrival dispose d’une capacité particulière à tester des solutions innovantes et à explorer de nouvelles pistes de valorisation. Dans un secteur où tout reste encore à construire, cette faculté d’expérimenter, d’apprendre et parfois de se tromper constitue un véritable moteur de développement.
Les participants ont également abordé plusieurs freins qui subsistent aujourd’hui, notamment les questions liées aux garanties, à la qualité des matériaux et à leur statut réglementaire. La notion de sortie du statut de déchet a notamment été évoquée. Lorsqu’un matériau est destiné à être réutilisé, doit-il encore être considéré comme un déchet ou déjà comme un produit ? Cette question influence directement les conditions de stockage, de transport et d’utilisation des matériaux. Les échanges ont souligné l’importance de faire évoluer progressivement les cadres réglementaires afin de mieux accompagner le développement du réemploi tout en garantissant la sécurité et la qualité des matériaux remis sur le marché.
La question des garanties et des responsabilités, souvent identifiée comme un frein au réemploi, a également donné lieu à de nombreux échanges. Plusieurs exemples concrets ont montré que, si certaines contraintes existent, des solutions peuvent être trouvées grâce à une approche pragmatique, fondée sur le bon sens, l’expérience de terrain et une certaine créativité.
Au-delà des aspects techniques, cette rencontre a surtout mis en lumière l’importance des collaborations entre les différents acteurs de la chaîne de valeur. Entreprises de construction, acteurs de l’économie sociale, centres de recyclage, pouvoirs publics, chercheurs, étudiants et structures d’accompagnement ont pu confronter leurs expériences et partager leurs visions dans une ambiance conviviale et participative.
Au vu de la diversité des profils présents, de la qualité des échanges et des nombreux retours positifs recueillis à l’issue de la journée, l’objectif de sensibilisation est pleinement atteint. Cette rencontre a démontré que le réemploi n’est plus une simple perspective d’avenir, mais une réalité qui se construit progressivement sur le terrain grâce à l’engagement d’acteurs prêts à expérimenter, collaborer et repenser l’utilisation des ressources dans le secteur de la construction.
Rédigé par Embuild Wallonie
18/06